Ça y est, ça recommence.
Réunion d’équipe du lundi matin.
Ce n’est pas lui qui anime. Ce n’est pas lui le manager.
Et pourtant, on n’entend que lui.
Il coupe la parole, reformule ce que vous venez de dire « pour être plus clair », donne son avis sur tout. Une décision semble émerger ? Il tranche : « Non, il faut faire comme ça. »
Comme si c’était acté.
Au quotidien, c’est le même scénario.
Ce collègue qui se prend pour le chef – sans être votre manager – vous demande où vous en êtes, vous explique comment travailler, transmet des consignes « pour le service »…
En 15 ans d’expérience RH terrain, je l’ai vu des dizaines de fois.
Officiellement, ce collègue n’est pas votre supérieur. Mais il agit comme s’il l’était.
Le malaise s’installe : ambiance tendue, travail qui passe au second plan.
La situation vous agace. Pourtant, vous hésitez à réagir.
Peur de passer pour conflictuel. Pas envie de vous griller.
Je comprends.
La bonne nouvelle : il existe des façons de gérer ce type de situation sans escalade inutile – et sans y laisser votre crédibilité.
Quand un collègue se comporte comme un chef : identifier les situations avant de réagir
Quand un collègue commence à se comporter comme un chef – sans en avoir le rôle officiel – j’ai souvent observé le même scénario sur le terrain.
Le malaise diffus qui s’installe. Les tentatives de mise au point qui émergent : une remarque glissée en aparté, un commentaire en réunion… sans effet durable.
Avant de chercher à comprendre pourquoi certains collègues prennent ce type de place – ce que nous verrons juste après – je vous propose d’identifier ce qui se joue concrètement dans la relation de travail.
Car derrière l’expression « se prendre pour un chef », plusieurs réalités peuvent coexister.
Et elles n’appellent pas toutes la même réaction.
Le collègue qui joue au petit chef
Vous voyez probablement très bien de qui je veux parler.
Ce collègue qui n’a aucune responsabilité hiérarchique officielle… mais qui distribue les consignes, reformule les décisions, explique aux autres comment s’organiser.
Il parle volontiers au nom du service ou de l’équipe. Il intervient sur votre façon de travailler, suggère ce qui devrait être fait, rappelle les priorités – parfois avec un aplomb assez déconcertant.
Le sentiment dominant dans l’équipe ?
De l’agacement. Parfois un peu de moquerie. On se dit qu’il en fait trop, on l’appelle volontiers le « collègue qui joue au petit chef ».
Mais au-delà de l’irritation, l’effet sur la dynamique collective est réel.
Un observateur extérieur ne va pas forcément identifier un collègue toxique ➝.
Mais il va souvent voir un manager officieux.
Et cette hiérarchie informelle peut créer un flou dans la chaîne de décision : qui tranche réellement ? Qui porte la responsabilité ? À terme, cela fragilise l’autorité du manager officiel et alimente souvent des tensions inutiles dans l’équipe.

Le collègue qui veut tout contrôler
On change de registre.
Ici, ce collègue ne donne pas d’ordres frontalement. En revanche, il surveille.
Il vous demande régulièrement où vous en êtes.
Il veut être en copie des échanges.
Il questionne vos décisions, demande des justificatifs, reformule vos choix comme s’il devait les valider.
Progressivement, il installe une forme de reporting implicite, comme s’il devait superviser votre travail sans en avoir la légitimité hiérarchique.
Au début, vous ne vous en rendez parfois même pas compte.
Pris par l’activité, la tête dans le guidon, vous répondez, expliquez, justifiez… sans y penser.
Mais à un moment, vous réalisez.
Attendez.
C’est bien un collègue – autrement dit un pair – qui vous surveille, évalue vos décisions et vous demande, parfois à demi-mot, parfois franchement, de lui rendre des comptes ?
À ce stade, ce n’est plus de la collaboration.
On est davantage face à une tentative de prise d’ascendant, une manière d’exercer un contrôle sans rôle officiel.
Si vous vous demandez si cette surveillance est réelle ou si vous interprétez trop la situation, j’ai détaillé ce point dans l’article « Une collègue me surveille au travail » : comment savoir si vous vous faites des films… ou pas ➝
Le collègue qui prend toute la place
Réunion d’équipe dans 10 minutes. Nouveau sujet à discuter.
Mais vous savez déjà comment cela va se passer.
À chaque fois, c’est la même chose. Votre collègue monopolise la parole, rebondit sur chaque point, reformule les idées, enchaîne les propositions. Très vite, la discussion semble tourner autour de lui (ou d’elle).
Vous avez une remarque à faire ? Il vous coupe.
D’autres essaient d’intervenir ? Même scénario.
Trop d’enthousiasme ? Besoin d’exister ? Manque de savoir-vivre ?
Peu importe. Concrètement, vous ne pouvez pas en placer une.
Ce collègue ne donne pas forcément d’ordres comme un « petit chef ». Il ne cherche pas toujours à contrôler.
Il occupe l’espace. Il devient la voix dominante – parfois même l’interlocuteur privilégié du manager.
Que son comportement soit conscient ou non, si la prise de parole n’est pas régulée, les effets sur l’équipe sont prévisibles : frustration, tension… et, souvent, résignation pour les profils les plus discrets.
À quoi bon intervenir si l’on n’est jamais réellement entendu ?
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Pourquoi certains collègues prennent un rôle de chef (et pourquoi ce n’est pas toujours contre vous)
Vous avez reconnu certains comportements ?
Avant de voir comment agir face à un collègue qui se prend pour un chef, prenons un instant pour comprendre d’où ces dynamiques émergent réellement.
Car dans la majorité des cas, ces attitudes ne sont pas uniquement liées à la personnalité d’un individu. Elles s’inscrivent souvent dans un contexte d’équipe, un mode de management ou une culture d’entreprise qui favorisent – parfois sans le vouloir – les prises de pouvoir informelles.
Et comprendre ce cadre aide à répondre de la bonne manière.
Quand les rôles et le management manquent de clarté
La nature a horreur du vide. Ça, vous le savez déjà.
En entreprise ? C’est exactement la même chose.
En plus de 15 ans d’expérience RH terrain, je l’ai vu des dizaines de fois. Ce flou managérial, et ses conséquences – très nettes, elles – dans les équipes.
Les causes sont multiples. Parfois, il s’agit simplement d’un manager dépassé ou d’une organisation mal structurée. Mais certains comportements peuvent aussi s’inscrire dans une véritable stratégie, aux effets délétères. La communication floue contribue en effet directement à un travail toxique.
Pour en savoir plus sur ces mécanismes, j’en parle ici : Travail toxique : les 10 causes les plus fréquentes (et comment elles empoisonnent votre quotidien) ➝
Mais ne perdons pas le fil de l’article.
Si je vous parle de ça, c’est parce que ce flou est l’environnement parfait pour des prises de pouvoir informelles.
L’organisation ou votre manager laisse un espace vide ?
Votre collègue va s’empresser de l’occuper. C’est aussi simple que ça.
En surface en tout cas, parce que derrière se cachent souvent des traits de personnalité ou des motivations bien précis.
Nous allons en explorer quelques-unes tout de suite.

Le besoin de reconnaissance et de visibilité
On imagine souvent qu’un collaborateur qui se comporte comme un chef cherche simplement à prendre le pouvoir, à s’imposer ou à écraser les autres.
Cette lecture est compréhensible. Et parfois, elle est juste – notamment lorsque vous êtes face à un véritable collègue toxique.
Mais dans la majorité des situations que j’ai observées en entreprise, la dynamique est plus subtile. Il ne s’agit pas toujours d’une ambition démesurée ou d’une stratégie pour nuire.
Derrière cette posture se cache souvent un manque de reconnaissance au travail. Lorsque la validation se fait rare, certains professionnels cherchent en effet à gagner en visibilité – parfois de manière maladroite ou excessive.
Si vous vous interrogez sur votre propre niveau de reconnaissance au travail, je vous donne des repères ici : Manque de reconnaissance au travail : comment savoir si rester vaut encore le coup ➝
Ce collègue qui joue au petit chef connaît ainsi peut-être une frustration dans son poste actuel. Il peut alors s’agir d’une tentative de compensation : occuper plus d’espace pour essayer d’exister davantage dans l’organisation. Montrer son utilité. Se positionner pour une évolution vers un poste de manager à part entière.
Certains préfèrent être visibles – même de manière envahissante – plutôt que risquer de passer inaperçus.
L’insécurité professionnelle et la peur de perdre sa place
Tous les collègues qui se comportent comme des chefs ne cherchent pas à dominer ou à se rendre visibles à tout prix.
Ce que vous observez parfois relève davantage d’un réflexe défensif que d’une volonté de contrôle.
Prenez cette collègue qui vous surveille au travail.
Ce regard que vous sentez en permanence, ces questions répétées pour savoir où vous en êtes traduisent souvent une insécurité professionnelle plus profonde qu’il n’y paraît.
Un collègue qui veut tout contrôler peut très bien douter de lui (ou d’elle). Avoir une estime de soi fragile. Ses comportements servent alors à se rassurer.
Ils peuvent aussi constituer une stratégie de protection : se rendre indispensable. Sécuriser son périmètre lorsque le contexte devient incertain.
Ce type de dynamique apparaît fréquemment lors de réorganisations, de restructurations ou de changements de management. Dès que la stabilité est menacée – réellement ou non – la compétition interne s’intensifie.
Quand les repères bougent, certains professionnels choisissent d’occuper davantage d’espace – non par ambition, mais par crainte d’en perdre.

Comment réagir face à un collègue qui dépasse son rôle
Quand un collègue agit comme s’il était votre supérieur, une des premières pensées qui peut traverser votre esprit, c’est « Pour qui se prend-il ? », ou bien « Je n’ai pas de comptes à lui rendre ».
Et la tentation est souvent forte de réagir immédiatement, surtout si vous êtes déjà sous tension.
Remettre la personne à sa place.
Se justifier.
Se défendre.
Ou au contraire… se taire et accumuler de la frustration.
Je comprends, et c’est normal.
Mais sur le terrain, j’ai constaté qu’aucune de ces réactions instinctives n’est réellement efficace à long terme. Certaines soulagent sur le moment, mais elles ne règlent ni la confusion des rôles ni le déséquilibre relationnel.
Pour recadrer un collègue sans créer un conflit inutile ou risquer de vous griller, il faut adopter une approche plus stratégique.
Clarifier d’abord la situation (et votre propre lecture)
Un comportement vous interpelle ? Vous avez l’impression que votre collègue se prend pour le chef ?
Avant toute chose, posez-vous cette question simple : s’agit-il d’un comportement ponctuel… ou d’un schéma répété ?
Analysez également le contexte.
Ce comportement vous vise-t-il spécifiquement ?
Se reproduit-il avec d’autres membres de l’équipe ?
D’autres collègues adoptent-ils des attitudes similaires ?
Car ce qui semble être une prise d’autorité peut parfois relever :
- d’une maladresse
- d’un excès de zèle
- d’un besoin de reconnaissance
- ou d’une tentative – maladroite – de bien faire
Autant de situations qui se résolvent avec un simple ajustement relationnel.
En revanche, si le comportement est :
- récurrent
- public
- dévalorisant
- ou accompagné de critiques non sollicitées
Alors on ne parle plus d’un simple malentendu, et il faut vous préparer à agir.
Recadrer calmement… mais clairement
Si votre analyse confirme qu’il ne s’agit pas d’un simple malentendu, le silence n’est pas une option. Car qui ne dit mot consent, c’est bien connu.
On le vérifie au quotidien en entreprise : l’absence de réaction vaut souvent validation implicite. Et à force, certains comportements ont tendance à se répéter – voire à s’intensifier.
Dans le cas présent, donc, un recadrage s’impose.
Oh, je sais ce que vous allez me dire.
Le terme peut impressionner.
On s’imagine souvent un manager qui va remonter les bretelles à un collaborateur. Mais c’est loin d’être seulement cela (croyez-en mon expérience d’ancien responsable RH).
Recadrer, c’est avant tout rappeler le cadre. Poser des limites claires.
Concrètement, cela peut passer par :
- Rappeler votre périmètre de responsabilité
- Préciser les modalités de collaboration attendues
- Reformuler les rôles respectifs
- Recentrer la discussion sur l’objectif commun
Cela ne veut à aucun moment dire que ça doit être une attaque, ou bien fait avec agressivité.
Dans les situations que j’accompagne, on travaille aussi bien la forme que le fond – et dans de nombreux cas, cette clarification suffit à rétablir un équilibre sain.
Car ce type de réponse, formulé avec calme et assertivité, produit plusieurs effets :
- Vous affirmez votre position
- Vous clarifiez les responsabilités
- Vous évitez l’escalade émotionnelle
- Et vous montrez que la relation professionnelle repose sur un cadre partagé.

Impliquer votre manager au bon moment
Tout ne doit pas remonter vers le manager. Mais tout ne doit pas non plus être géré seul.
Dans de nombreux cas, les étapes précédentes suffisent à rétablir un cadre clair.
Mais lorsque le comportement persiste malgré vos tentatives de clarification, l’escalade hiérarchique est souvent la prochaine option naturelle.
Certains signaux doivent vous alerter :
- les recadrages restent sans effet
- le collègue continue publiquement
- votre crédibilité est fragilisée
- le climat de travail se dégrade
- ou la situation génère un conflit persistant
À ce stade, il ne s’agit plus d’un simple désaccord entre pairs.
C’est une question de responsabilité managériale.
Le manager officiel est garant du cadre, de la répartition des rôles et du climat de travail. L’impliquer, c’est signaler un dysfonctionnement qui dépasse votre périmètre d’action.
Mais pas n’importe comment.
L’erreur classique consiste à aller le voir trop tôt en vous plaignant de votre collègue, ou bien trop tard – lorsque vous en avez franchement ras-le-bol et qu’il y a beaucoup d’émotionnel.
Pour ne pas vous griller, mais aussi augmenter significativement les chances d’un arbitrage constructif, je vous conseille d’arriver avec des faits :
- Voici ce qui s’est produit
- Voici ce que j’ai déjà tenté pour résoudre la situation
- Voici l’impact concret sur le travail ou sur l’équipe
Avec cette posture, vous lui montrez que vous cherchez une solution professionnelle – pas un affrontement personnel. Et souvent, cela change tout.
Conclusion
Quand un collègue se comporte comme un chef, la tentation est grande de réagir à chaud – ou de subir en silence. Dans les deux cas, vous vous fragilisez.
Derrière ce type de situation se jouent des questions de rôle et de positionnement. Et dans une équipe, ces dynamiques ne disparaissent jamais seules.
Elles redessinent, progressivement, la place que chacun occupe.
Vous avez désormais des repères pour analyser ce qui se passe et agir sans vous griller professionnellement.
Vous n’avez pas intérêt à transformer chaque tension en conflit.
Mais vous n’en avez pas davantage à laisser un collègue empiéter sur votre rôle ou agir comme votre supérieur hiérarchique s’il ne l’est pas.
Et si ce comportement dépasse cette seule situation et commence à peser sur votre énergie ou votre confiance, vous pouvez vérifier si vous êtes face à un simple malentendu… ou à un véritable collègue toxique : Collègue toxique : 8 signes qui ne trompent pas (et comment arrêter de subir) ➝
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À PROPOS DE L’AUTEUR
« Je m’appelle Christopher Symbrat.
Psychologue du travail et fort de 15 ans d’expérience RH terrain, j’ai recruté et accompagné des centaines de personnes, d’abord comme Responsable recrutement, puis Responsable des ressources humaines.
Aujourd’hui, je suis indépendant et j’aide celles et ceux qui veulent sortir d’un job qui ne leur correspond plus. Prêt(e) à passer à l’action ? Je suis là pour vous guider. »
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Les « petits chefs » prospèrent surtout dans le silence.
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