9h12. Son prénom apparaît dans votre boîte mail.
Et immédiatement, quelque chose se contracte.
Dans le couloir, c’est pareil.
Vous entendez sa voix avant de la voir – et votre corps réagit avant même que vous ayez le temps de réfléchir.
Vous ne vous demandez même plus si ça va s’arranger.
La seule pensée qui tourne en boucle, c’est :
« Je ne veux plus travailler avec ma collègue »
Ce genre de situation, j’en ai géré des dizaines en 15 ans d’expérience RH terrain – relations entre collègues tendues, malaise qui s’installe, collègue qui ne dit même plus bonjour.
Et je l’ai aussi vécu moi-même.
Il y a une réalité que peu de gens vous disent : ça ne se règle jamais tout seul.
Alors qu’est-ce que ça dit vraiment de votre situation ? Et surtout, qu’est-ce que vous pouvez en faire ?
C’est exactement ce qu’on va voir.
Où vous en êtes vraiment
Peu importe ce qui vous a amené là.
Peut-être un conflit au travail entre collègues qui a mal tourné – un désaccord réel, des positions qui se sont figées, une relation qui ne s’est jamais vraiment remise.
Peut-être quelque chose de plus discret : des remarques dans votre dos, des informations retenues, une exclusion progressive dont vous avez du mal à montrer les preuves. C’est ce qu’on appelle le dénigrement au travail par un collègue – et c’est une dynamique différente d’un conflit, même si elle mène souvent au même endroit.
Dans les deux cas, vous êtes arrivé au même point : vous ne voulez plus.
Et c’est ce point précis qui compte maintenant.
Il y a ce que les autres voient. Et il y a ce qui se passe réellement.
Ce que les autres voient : vous êtes là, vous faites votre travail, vous restez professionnel. Peut-être même que personne autour de vous ne se doute de l’effort que ça représente.
Ce qui se passe réellement, c’est plus précis que ça.
Vous gérez encore – mais ça vous coûte.
Pas le travail en lui-même. La coexistence avec votre collègue.
Avant les réunions communes, vous calculez mentalement comment vous allez vous positionner, quoi dire, quoi ne pas dire.
Pendant, vous surveillez – et vous serrez les dents.
Après, vous décompressez d’une tension que personne d’autre n’a vue. Ce travail-là ne figure dans aucune fiche de poste. Il est invisible – et il prend une place réelle dans votre journée.
Vous avez modifié votre comportement sans vous en rendre compte.
Vous évitez certains couloirs à certaines heures. Vous choisissez vos créneaux de déjeuner différemment. Vous formalisez par écrit des échanges qui avant se faisaient à l’oral. Vous gardez des mails que vous auriez supprimés il y a un an.
Progressivement, sans décision consciente, vous vous êtes adapté à une situation que vous n’avez pas créée. Et cette adaptation est devenue votre quotidien normal.
Vous commencez à vous poser une question plus large.
Pas forcément sur vous – sur l’endroit. Est-ce que ça vaut encore le coup ici ? Est-ce que le vrai sujet, c’est encore cette relation – ou quelque chose de plus large sur ce que vous voulez construire dans les prochaines années ?

Si vous vous reconnaissez dans ces trois états, vous êtes au bon endroit.
Parce que vous êtes en train de percevoir quelque chose de réel sur votre situation – et cette perception mérite d’être prise au sérieux.
Ce que ça coûte vraiment – le détail que vous ne dites à personne
C’est la partie que la plupart des gens ne formulent jamais clairement, même à eux-mêmes.
Le coût énergétique est invisible, mais il est réel.
Rentrer épuisé un soir alors que votre journée n’était pas particulièrement chargée.
Pas de dossier urgent, pas de réunion marathon. Juste cette collègue, présente, et l’effort constant que ça représente de coexister dans le même espace.
Cet épuisement-là, vous ne savez pas toujours d’où il vient – parce qu’il ne correspond à rien de visible sur votre agenda.
Ce que j’ai observé pendant quinze ans en RH, c’est que ce coût énergétique est systématiquement sous-estimé – y compris par ceux qui le vivent.
On l’attribue à la fatigue générale, à une période chargée, à autre chose. Rarement à ce qu’il est vraiment : l’effet cumulé de devoir gérer une présence difficile, chaque jour, sans que ça se voie.
Le rétrécissement progressif est encore plus discret.
Ce à quoi vous avez renoncé sans vous en rendre compte.
Le projet que vous n’avez pas proposé parce qu’elle était dessus. L’idée que vous avez gardée pour vous en réunion parce que ce n’était pas le moment. La prise de parole que vous avez raccourcie. L’espace que vous avez progressivement cédé, millimètre par millimètre, pour éviter la friction.
Vous occupez moins de place dans votre travail qu’il y a un an.
Pas parce que vous avez moins de valeur – parce que vous vous êtes adapté. Et cette adaptation a un coût que vous ne mesurez peut-être pas encore : elle affecte votre visibilité, votre périmètre, parfois votre réputation interne, sans que vous ayez fait quoi que ce soit de mal.
L’effet de contamination dépasse le bureau.
Les jours où vous avez passé l’heure précédente à gérer une tension – explicite ou implicite – la qualité de ce que vous produisez ensuite n’est pas la même.
Votre concentration se fragmente. Les décisions se prennent avec moins de recul. Et parfois, vous emportez quelque chose chez vous le soir.
Une irritabilité que vous ne savez pas tout à fait expliquer à ceux qui partagent votre vie. Une rumination que vous ne choisissez pas.
Le point de bascule, le voilà formulé franchement.
Gérer cette relation est devenu votre vrai travail. Le reste – vos dossiers, vos projets, ce pour quoi vous êtes payé et ce qui vous intéresse – est passé en second.
Beaucoup de gens qui vivent cette situation ne le formulent jamais aussi clairement. Mais c’est exactement ce qui se passe. Et le nommer change quelque chose : ça remet la situation à sa juste place, et ça permet de réfléchir à ce qu’on en fait.
Ce que vous avez probablement déjà essayé
Vous n’en êtes pas à votre premier essai.
Il y a eu l’évitement d’abord – réduire les interactions au minimum, limiter les occasions de friction. Ça a fonctionné partiellement, peut-être. Ça a limité les dégâts sans régler quoi que ce soit. Et ça a eu un coût collatéral : vous avez réduit votre présence en même temps que vous réduisiez les contacts.
Il y a eu la bonne volonté ensuite. Repartir sur de bonnes bases. Faire un effort. « Dépersonnaliser », comme on dit. Peut-être plusieurs fois. Avec des résultats qui n’ont pas tenu, ou qui ont tenu le temps d’une semaine avant que les vieilles dynamiques reprennent.
Peut-être une tentative d’en parler directement. Sauf que la confrontation directe suppose que l’autre est de bonne foi. Ce n’est pas toujours le cas – certains profils de collègue toxique en sont structurellement incapables, et une mise au point ne fait qu’aggraver la situation.
Et il y a eu aussi, parfois, la tentative d’en parler au manager, aux RH. Ce qui s’est passé ensuite ressemble souvent à la même chose : une écoute, une « prise en compte », une réunion de médiation dont l’effet a duré trois semaines. Puis le retour à la case départ, avec en prime le sentiment d’avoir exposé votre inconfort sans que rien ne change vraiment.
Ce n’est pas un échec de votre part. C’est de l’information – sur ce que votre environnement est prêt à faire, et sur les limites de ce qui peut se régler par la voie relationnelle quand la situation est installée depuis un moment.
À ce stade, les outils classiques ont atteint leurs limites. Le reconnaître, c’est arrêter de dépenser l’énergie qui vous reste dans des démarches qui ne changeront rien.

La question qui est vraiment devant vous
Quand on en est là, la question n’est plus « comment je gère cette relation ».
Elle est plus simple et plus exigeante à la fois : est-ce que je veux encore construire quelque chose ici ?
Rester – pas « tenir » dans l’espoir que ça change, mais décider consciemment de rester. Avec une lecture lucide de ce que ça implique : continuer à gérer, continuer à dépenser cette énergie, continuer à vous adapter.
C’est une décision légitime si elle est prise les yeux ouverts, avec une stratégie claire sur comment vous protégez votre espace et ce qui compte pour vous.
Ou commencer à regarder autre chose – avec une lecture honnête de ce que vous valez, de ce que cet environnement vous offre réellement, de ce que vous pourriez construire ailleurs.
Ces deux directions ont une chose en commun : elles demandent de la clarté. Pas de l’épuisement.
Ce que j’observe systématiquement : ceux qui prennent le temps d’y voir clair avant d’être à bout gardent des marges de manœuvre. Les autres les ont perdues sans s’en rendre compte.
🧭 Rester ou partir – la bonne décision se prend avec une lecture claire, pas dans l’épuisement.
En 1h, on fait le point sur ce qui se passe vraiment dans votre environnement, ce que vous valez aujourd’hui, et les premiers leviers concrets – que la suite se joue ici ou ailleurs.
FAQ – Je ne veux plus travailler avec ma collègue
Peut-on refuser de travailler avec un collègue ?
Juridiquement, un refus explicite et répété de collaborer peut être qualifié de faute, voire de faute grave. Ce n’est donc pas une posture à adopter formellement sans en avoir mesuré les conséquences. En revanche, choisir de préparer une sortie maîtrisée – si c’est la direction que vous prenez – est une décision qui vous appartient entièrement, et qui se prépare.
Refuser de parler à un collègue : quelles conséquences ?
C’est souvent le premier réflexe quand la situation devient insupportable – couper le contact, réduire les échanges au strict minimum ou au silence total. À court terme, ça protège. À moyen terme, ça a un coût : sur votre visibilité dans l’équipe, sur la perception qu’ont les autres de la situation, et parfois sur votre propre réputation si le silence est interprété comme de l’hostilité. Réduire les interactions non essentielles est une chose. Le silence total en est une autre – il parle pour vous, pas toujours dans le sens que vous voudriez.
Que faire quand on ne supporte plus un collègue au quotidien ?
Avant d’agir, identifiez honnêtement où vous en êtes : avez-vous encore de l’énergie pour tenter quelque chose, ou êtes-vous au stade où la priorité est de vous protéger et de réfléchir à la suite ? La réponse conditionne tout le reste. Ce qui est certain à ce stade : continuer à tout encaisser en espérant que ça change seul n’est pas une stratégie.
Comment gérer une relation tendue avec une collègue sans tout plaquer ?
La gestion relationnelle a ses limites quand la situation est installée depuis longtemps, ou que vous avez affaire à des profils particuliers, comme le collègue jaloux ou le collègue faux gentil. Ce qui fonctionne encore : réduire les interactions non essentielles, formaliser les échanges, ne pas répondre dans l’urgence. Ce qui ne fonctionne plus : les techniques de communication qui supposent une bonne foi des deux côtés. La vraie question à ce stade n’est pas « comment je gère » – c’est « est-ce que je veux continuer à gérer ça, et à quel prix ».
Collègue qui ne dit plus bonjour : est-ce grave ?
Dans un contexte déjà tendu, c’est souvent le signe que la relation a franchi un nouveau palier de dégradation. Ce que ça dit surtout : la situation ne va pas se résorber seule. Attendre qu’elle s’arrange n’est pas une stratégie – pendant ce temps, c’est votre position dans l’équipe qui se dégrade.
À quel moment aller voir les RH pour un conflit avec un collègue ?
Le plus tôt possible si vous êtes victime d’un comportement objectivable. Avec des attentes réalistes sur ce qui suit : le RH va chercher des éléments tangibles, entendre les deux versions, gérer le risque pour l’organisation. Y aller avec des faits datés et une idée claire de ce que vous attendez de cette démarche change ce qui peut en sortir. Y aller épuisé et sans préparation, rarement.

À PROPOS DE L’AUTEUR : CHRISTOPHER SYMBRAT
Psychologue du travail, j’ai passé 15 ans côté entreprise – dont plusieurs années comme Responsable recrutement, puis Responsable des ressources humaines.
Des centaines de recrutements, des milliers de candidatures évaluées, des évolutions de carrière pilotées, des arbitrages salariaux, des situations difficiles gérées de l’intérieur.
J’ai vu des professionnels compétents rester bloqués des années dans des environnements qui ne les reconnaissaient pas à leur juste valeur. Et j’ai compris les mécanismes qui expliquent pourquoi.
Aujourd’hui, j’accompagne celles et ceux qui sentent qu’il est temps de reprendre la main sur leur carrière – sans discours motivationnel, avec une lecture terrain de leur situation.
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