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Manager toxique : pourquoi il agit ainsi (et pourquoi ce n’est pas vous le problème)

    Illustration représentant la tension dans une situation de travail d'un manager qui peut expliquer pourquoi il devient un manager toxique

    Vous avez reconnu les signes d’un manager toxique.

    Vous les subissez peut-être déjà au quotidien : critiques incessantes, pression injustifiée, absence de reconnaissance… et vous vous demandez pourquoi il agit ainsi.

    En tant que psychologue du travail avec plus de 15 ans d’expérience RH, dont plusieurs années comme Responsable RH, j’ai côtoyé de nombreux managers toxiques.

    Et voici ce que j’ai constaté :

    La plupart du temps un manager ne naît pas « toxique ».

    Si certains comportements viennent de la personnalité, beaucoup s’expliquent par le contexte de travail : surcharge permanente, pression de la direction, absence de formation au management, culture d’entreprise défaillante…

    Autrement dit, il ne s’agit pas toujours d’une volonté consciente de nuire.

    Ce sont des mécanismes que l’on peut comprendre – et comprendre est souvent la première étape avant d’envisager la suite, comme pour les différents signes d’un travail toxique ➝

    Dans cet article, nous allons voir pourquoi un manager devient toxique, et aussi pourquoi l’entreprise le tolère parfois.

    Pourquoi un manager devient toxique

    N’y allons pas par quatre chemins : certains managers sont toxiques dès le départ et, où qu’on les mette, ils finissent par empoisonner le quotidien de leur équipe.

    Mais mon expérience RH m’a montré que la majorité ne naît pas toxique : elle le devient, souvent sous l’effet du contexte.

    Comprendre ces facteurs ne sert pas à excuser leur comportement.
    Cela permet surtout de mettre les choses en perspective – et d’envisager plus lucidement la suite.

    La personnalité du manager : quand le pouvoir révèle des travers

    Sans entrer dans un cours de psychologie, j’ai pu constater, au fil de mes années d’expérience RH, que certains traits de personnalité peuvent suffire à faire d’une personne un manager toxique, quel que soit le contexte.

    Voici quatre profils fréquents :

    • Le profil autoritaire : besoin de tout contrôler, difficulté à déléguer, parfois agressivité.
      Exemple : il exige des reportings permanents, même inutiles.
    • Le profil narcissique : recherche avant tout sa propre mise en valeur.
      Exemple : il s’attribue les succès, mais rejette systématiquement la faute en cas d’échec.
    • Le profil manipulateur : joue sur la culpabilité, la flatterie intéressée ou la peur.
      Exemple : il complimente votre travail… pour vous en rajouter une couche.
    • Le profil passif-agressif : évite le conflit frontal, mais exprime son hostilité de manière détournée.
      Exemple : il « oublie » de vous transmettre une information clé ou lance des piques en réunion.

    👉 Ces fonctionnements peuvent malheureusement se combiner, multipliant les effets nocifs pour les équipes.

    La pression de l’entreprise : quand la hiérarchie fait redescendre le stress

    La culture d’entreprise et le contexte organisationnel jouent un rôle majeur dans votre climat de travail.

    J’ai vu plus d’une fois un manager jusque-là équilibré basculer dans des comportements toxiques lorsque l’entreprise :

    • fixe des objectifs irréalistes ou des délais intenables,
    • pratique un management par la peur, où la performance prime toujours sur le bien-être,
    • exerce une pression descendante constante, sans espace de discussion.

    Résultat : au lieu de filtrer ou de protéger son équipe, le manager devient alors le bras armé de la direction, et fait redescendre toute la pression.

    Autrement dit, vous ne subissez pas seulement son caractère, mais une culture d’entreprise toxique qui valorise le résultat immédiat au détriment de l’humain.

    Et c’est bien là que le manager toxique devient doublement dangereux : parce qu’il incarne à la fois ses propres travers et les dérives de son organisation.

    Figurine humaine pressée dans un étau pour illustrer comment un manager peut devenir toxique sous l’effet de la pression et du contexte professionnel

    Le manque de compétences managériales

    Si votre manager est toxique, ce n’est pas toujours par malveillance.

    Parfois, il est simplement incompétent dans son rôle de manager.

    Concrètement, cela se traduit souvent par :

    • une incapacité à gérer les conflits,
    • une communication inadaptée (silence radio, critiques permanentes…),
    • une absence de reconnaissance du travail de l’équipe.

    C’est bien plus fréquent que vous ne l’imaginez.

    En France, par exemple, le management reste trop souvent une « récompense » accordée à un bon expert métier, sans formation ni accompagnement adaptés.

    Résultat : des comportements toxiques non intentionnels, mais aux effets bien réels pour les équipes.

    Je l’ai vu de près, et accompagné à de nombreuses reprises.

    💡 A retenir

    Ne croyez pas que cela n’arrive qu’aux autres. Un manager incompétent peut devenir toxique dès sa prise de poste.

    Et si demain vous êtes promu à ce rôle – sans les aptitudes, l’intérêt pour la fonction ou l’accompagnement adéquat – le risque existe aussi pour vous.

    Un contexte aggravant

    Vous attendez beaucoup de votre manager, et c’est normal vu son rôle.

    Mais n’oubliez pas qu’il reste, comme vous, un collaborateur de l’entreprise.

    Certains facteurs organisationnels viennent amplifier les comportements nocifs et peuvent transformer un manager ordinaire en manager toxique :

    Dans ces contextes, même un manager bien intentionné peut finir par céder à la pression et adopter des attitudes inadaptées.

    Cela ne l’excuse pas, mais cela aide à comprendre comment la toxicité s’installe.

    Pourquoi un manager toxique est toléré dans l’entreprise (malgré les dégâts)

    Un manager toxique fait du mal à son équipe, c’est évident. Alors pourquoi reste-t-il souvent en place, parfois même des années ?

    La réalité, c’est que l’entreprise a souvent ses propres logiques…qui ne coïncident pas toujours avec votre bien-être.

    Voici trois raisons principales qui expliquent pourquoi un manager toxique peut continuer à sévir sans être inquiété.

    Quand l’entreprise ferme les yeux au nom de la performance

    Un manager toxique peut mettre une équipe à genoux… mais continuer d’être valorisé par la direction.

    Pourquoi ?

    Parce qu’il atteint les objectifs fixés, coûte que coûte. Tant que les résultats sont là, certains dirigeants préfèrent ignorer les dégâts humains.

    J’ai vu plusieurs fois ce scénario en entreprise : le manager toxique fait grimper les chiffres, et peu importe si, en coulisses, les arrêts maladie se multiplient ou si les talents quittent l’équipe.

    Le problème, c’est qu’à long terme, cette stratégie est un boomerang : perte de compétences, démotivation généralisée, réputation employeur dégradée. Mais dans l’immédiat, le manager toxique reste intouchable – parce qu’il coche la case « performance ».

    💡 À repérer : quand la performance prime sur tout

    Certains signaux ne trompent pas :

    • votre manager toxique est régulièrement félicité en public, malgré les plaintes ou les tensions dans l’équipe
    • les résultats financiers ou commerciaux sont mis en avant, alors que le climat social n’est jamais évoqué
    • les départs et arrêts maladie se multiplient, sans qu’aucune mesure ne soit prise.

    Si vous observez ce décalage, cela signifie probablement que la performance est devenue plus importante que la santé au travail.

    Dashboard de résultats sur un ordinateur, symbolisant la priorité donnée à la performance, un des facteurs pouvant rendre un manager toxique
    Pour certains managers toxiques, et certaines entreprises, la performance prime sur tout le reste

    Quand la direction manque de courage managérial

    Un manager toxique ne se maintient pas seulement grâce à ses résultats, mais aussi parce que personne n’ose l’affronter. J’ai vu des situations où la direction savait très bien ce qui se passait, mais préférait détourner le regard.

    Deux raisons principales expliquent cette inaction :

    • Conflit évité = problème enterré : traiter la toxicité d’un manager, c’est ouvrir la boîte de Pandore. Cela suppose d’enquêter, d’écouter les équipes, puis de trancher. Parfois, cela va jusqu’à une sanction disciplinaire, voire un licenciement, avec le risque d’un Prud’hommes pour l’entreprise. Beaucoup de dirigeants préfèrent éviter cette confrontation.
    • La peur du « manager indispensable » : certains managers toxiques savent se rendre intouchables. Charismatiques, proches de la direction ou détenteurs d’un savoir clé, ils inspirent plus de crainte que de remise en question.

    Dans ce type de configuration, les salariés se retrouvent souvent seuls face à la situation, sans véritable soutien de la hiérarchie.

    Quand l’entreprise n’a pas encore détecté le problème

    Parfois, un manager toxique reste en place parce que personne n’a encore identifié son comportement problématique :

    • Pas de remontées formelles des salariés : peur des représailles, manque de confiance dans les RH (ça arrive…), ou sentiment que « cela ne sert à rien ».
    • Indicateurs RH pas encore visibles : absentéisme, turnover, baisse de performance… ces signaux prennent parfois du temps à apparaître et ne sont pas toujours reliés à un manager précis.

    Résultat : tant que le manager toxique passe « sous les radars », l’entreprise continue de fonctionner comme si tout allait bien… et la toxicité continue de s’installer dans l’équipe, jour après jour.

    Illustration représentant la prise de recul face à un manager toxique après avoir compris les mécanismes en jeu
    Comprendre ce qui se joue permet souvent de reprendre du recul et de sortir de la culpabilité

    Conclusion

    Un manager toxique n’apparaît jamais par hasard.

    Derrière ses comportements, il y a parfois des explications liées à la personnalité, mais presque toujours des causes ancrées dans le contexte de travail : pression organisationnelle, manque de compétences, culture d’entreprise défaillante… et une entreprise qui, parfois, laisse faire.

    Comprendre ces mécanismes ne rend pas la situation acceptable.

    Mais cela vous permet de reprendre du recul, de sortir de la culpabilité et de voir plus clair dans ce que vous vivez au quotidien.

    Car non, si votre manager est toxique, ce n’est pas parce que vous êtes trop sensible, pas assez compétent ou incapable de « supporter la pression », comme certains aiment si vite le suggérer.

    Bien souvent, le problème dépasse largement votre personne.

    Reste alors une question essentielle, que beaucoup de salariés finissent par se poser :
    que faire quand on a compris pourquoi un manager est toxique ?

    C’est une autre étape. Et elle mérite d’être abordée avec lucidité… et méthode.

    Christopher Symbrat, psychologue du travail et ancien responsable RH

    À PROPOS DE L’AUTEUR

    « Je m’appelle Christopher Symbrat.

    Psychologue du travail et fort de 15 ans d’expérience RH terrain, j’ai recruté et accompagné des centaines de personnes, d’abord comme Responsable recrutement, puis Responsable des ressources humaines.

    Aujourd’hui, je suis indépendant et j’aide celles et ceux qui veulent sortir d’un job qui ne leur correspond plus. Prêt(e) à passer à l’action ? Je suis là pour vous guider. »

    🔎 Envie d’en savoir plus sur mon parcours et la mission du blog ? Découvrez pourquoi j’ai créé « Je vaux plus » ➝

    🔗À partager avec quelqu’un qui doute de lui
    Un manager toxique fait souvent douter, culpabiliser, s’épuiser en silence.
    Si cet article vous a aidé à mieux comprendre pourquoi certains comportements existent, il peut aussi aider quelqu’un de votre entourage à sortir de la confusion et à se sentir moins seul face à ce qu’il vit.

    Partager, c’est parfois le premier pas pour aider.

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