Vous êtes à votre poste, concentré sur ce que vous avez à faire.
Les mails s’enchaînent, une réunion commence dans peu de temps, vous essayez d’avancer.
Et puis, sans vraiment lever les yeux, vous le sentez.
Ce regard.
Pas quelque chose de franc.
Juste assez pour que vous releviez la tête.
Vous voyez alors votre collègue détourner les yeux.
Un peu plus tard dans la matinée, elle vous glisse, comme ça :
« Tu travailles encore sur ce dossier ? »
Ou : « Ah, tu es déjà sur ce sujet là ? ».
Vous hochez la tête, vous répondez normalement, puis vous retournez à votre écran.
Sauf que quelque chose a changé.
Vous faites plus attention.
Vous réfléchissez avant d’ouvrir un fichier, avant de partir en pause, avant de fermer votre ordinateur.
Rien de grave, en apparence.
Mais suffisamment pour que, dans un coin de votre tête, une question commence à tourner :
« C’est moi… ou j’ai vraiment affaire à une collègue qui surveille au travail ? »
Si cette situation vous parle, vous n’êtes pas seul.
En 15 ans d’expérience RH terrain, j’ai accompagné de nombreux salariés confrontés à ce type de malaise, dans des contextes pourtant banals. Et dans cet article, on va justement faire la part des choses.
Comprendre ce qui relève d’une simple impression… et ce qui mérite réellement d’être pris au sérieux.
Sans dramatiser.
Sans accuser à tort.
Et surtout, sans vous mettre en difficulté dans votre travail.
« Est-ce que je me fais des films ? » – quand le doute s’installe
Ce doute ne surgit jamais d’un coup.
Il s’installe progressivement, à force de petits détails, de regards, de remarques qui semblent anodines.
Et quand on commence à se demander si une collègue surveille au travail, la première réaction est presque toujours la même : se dire qu’on exagère.
Vous essayez de rationaliser.
Vous vous dites que c’est sans doute fortuit, que votre esprit vous joue des tours. Peut-être la fatigue, la charge de travail, la pression du moment. Dans ces conditions, difficile de faire pleinement confiance à son ressenti.
Le problème, c’est que ce raisonnement vous pousse souvent à vous taire.
À ne rien dire.
À douter de vous plutôt que de la situation.
D’autant plus que parler de ce malaise n’est pas simple. Vous pouvez craindre qu’on vous perçoive comme susceptible, excessif, voire parano. Alors vous gardez ça pour vous, en oscillant entre intuition et auto-censure.
Résultat : le doute s’installe durablement.
Et ce doute, à lui seul, n’est ni une preuve… ni quelque chose à balayer d’un revers de main.
La vraie question n’est donc pas si vous vous faites des films, mais comment distinguer une simple impression d’un comportement qui mérite réellement attention.

Ce qui ressemble à de la surveillance… et ce qui en est réellement
À ce stade, le malaise est bien réel.
Mais il ne suffit pas, à lui seul, à conclure qu’une collègue vous surveille au travail.
En entreprise, certains comportements peuvent donner cette impression sans relever d’un contrôle ciblé. Une question isolée, un regard appuyé, une remarque sur l’avancement d’un dossier… pris séparément, ces signaux ne disent souvent pas grand-chose. Ils ne permettent pas, en tout cas, d’affirmer avec certitude que vous êtes réellement observé de près par une collègue.
Pour y voir plus clair, vous pouvez regarder la situation à travers trois filtres simples.
Le premier, c’est la répétition.
Une remarque ponctuelle peut être anodine. En revanche, des questions qui reviennent régulièrement, jour après jour, sur les mêmes sujets, n’ont pas le même poids. La fréquence transforme parfois un détail en véritable signal.
Deuxième filtre : le ciblage.
Ces questions ou remarques vous sont-elles spécifiquement adressées, ou bien concernent-elles l’ensemble de l’équipe ? Si vous êtes observé comme tout le monde, souvent cela n’a rien d’inhabituel. Si vous êtes systématiquement la seule personne visée par votre collègue, cela change la lecture de la situation.
Enfin, le contenu.
Les comportements de votre collègue concernent-ils uniquement le travail à livrer, les délais ou les priorités ? Ou bien les remarques glissent-elles vers vos horaires, vos pauses, votre manière de vous organiser, voire votre présence au bureau ? C’est souvent là que la frontière se déplace.
La différence entre une simple impression et une véritable surveillance est parfois fine. Mais en analysant les comportements à travers ces trois filtres, vous pouvez déjà savoir si ce que vous ressentez relève d’un malaise diffus… ou d’un comportement qui mérite d’être observé de plus près.
🎯 Ces trois filtres vous aident à y voir plus clair – mais la situation dans son ensemble reste floue ?
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Une collègue vous surveille au travail : les mécanismes que j’ai le plus souvent observés en entreprise
Quand on a l’impression d’être surveillé au travail, on cherche souvent une explication simple.
Or, avec le recul de plusieurs années en tant que responsable RH, je peux le dire : comme souvent en entreprise, ce n’est ni totalement noir, ni totalement blanc.
Ce ressenti s’inscrit généralement dans une situation plus complexe, où plusieurs mécanismes se superposent.
Néanmoins, j’ai très fréquemment retrouvé un point commun lorsqu’on a le sentiment qu’une collègue surveille votre travail : une forme d’insécurité professionnelle.
Et… non ! Votre collègue n’en a pas forcément après vous, même si ça peut vous surprendre.
Parfois, elle n’est même pas consciente de son comportement – et encore moins des effets qu’il produit.
Dans beaucoup de situations, il s’agit d’une collègue anxieuse, qui observe beaucoup pour se rassurer. Elle regarde ce que font les autres pour se situer : le rythme, le niveau de qualité attendu, la manière de s’organiser.
Vous n’êtes alors ni la seule personne observée, ni une cible particulière. Simplement un point de comparaison, souvent parce que vous êtes sur un périmètre proche… ou parce que vous vous en sortez bien.
Dans d’autres cas, cette surveillance est liée à un manque de reconnaissance au travail.
Votre collègue se sent peu visible, peu valorisée, et compense en s’auto-attribuant un rôle informel : gardienne des règles, du cadre, des « bonnes pratiques ».
Cela arrive surtout dans des organisations où les rôles sont flous et les règles peu explicites. Ce comportement lui permet de reprendre une forme de contrôle et de restaurer son estime d’elle-même, même si cela crée un malaise autour d’elle.
Et puis, parfois, la situation bascule dans autre chose…
Car la collègue qui scrute vos moindres faits et gestes peut aussi être une collègue toxique.
Ici, la surveillance n’est plus un effet secondaire : elle devient un outil. Un moyen de contrôler, de se protéger ou de prendre l’ascendant – le dénigrement au travail peut être une arme redoutable.
J’ai souvent observé que cela se produisait lorsque la collègue qui vous surveille se sent menacée par votre compétence ou par votre relation avec le manager. Typiquement ce qui peut arriver avec une collègue jalouse au travail.
Parfois, cette posture de surveillance est même encouragée – explicitement ou non – par un management dysfonctionnel, qui demande de « faire remonter » tout ce qui se passe sur le terrain. Certains surveillent alors de manière zélée pour entrer dans les petits papiers d’un manager qui pratique le favoritisme, l’un des 12 signes du manager toxique.
Vous le voyez : plusieurs mécanismes peuvent être à l’œuvre.
Et surtout, ce que vous ressentez parle souvent davantage du fonctionnement de l’environnement… que de votre manière de travailler.

Quand ce ressenti mérite d’être pris très au sérieux
Si vous m’avez lu jusqu’ici, vous commencez à comprendre ce qui se cache derrière une collègue qui vous surveille au travail.
Mais à partir de quand faut-il vraiment passer de l’observation à l’action ?
Je vous le dis sans détour : dès maintenant. Et je vous explique pourquoi.
Un regard insistant, une remarque répétée, une attention inhabituelle à vos pauses ou à vos délais… On l’a tous déjà vécu. Tant que cela reste ponctuel, ou que la collègue adopte le même comportement avec d’autres, on peut encore relativiser.
Mais si vous lisez cet article, c’est souvent parce que cela va plus loin et commence à peser sur votre quotidien. C’est ce que beaucoup de personnes me confient après avoir traversé ce genre de situation : le malaise devient tangible et influence vraiment leur manière de travailler.
Vous pouvez le constater de plusieurs manières : vous avez déjà modifié vos habitudes pour éviter d’être observé, vous anticipez les réactions de cette collègue qui vous surveille au travail, voire n’osez plus prendre d’initiatives.
À ce stade, il est temps de reprendre la main, de protéger votre espace professionnel et votre tranquillité d’esprit.
Et c’est exactement ce que nous allons voir dans la section suivante : comment se protéger sans se griller professionnellement.
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Comment se protéger sans se griller professionnellement
Cette fois, c’est plus qu’un ressenti diffus. Une collègue vous surveille au travail, et cela commence à vous impacter concrètement au quotidien.
Vous aimeriez que ça cesse, sans pour autant déclencher un conflit ouvert ou nuire à votre image professionnelle.
Quand on me partage ce type de situation, mon rôle consiste toujours à analyser finement le contexte pour construire une réponse adaptée. Chaque cas est différent, et il n’existe pas de solution toute faite.
Cela dit, avec le recul du terrain, j’ai constaté que certaines erreurs reviennent très souvent. Les éviter change déjà beaucoup de choses.
Premier piège : entrer dans la justification permanente.
Vous n’avez pas à vous expliquer sur vos horaires, vos pauses ou votre organisation auprès d’une collègue. Restez sur le partage des informations strictement nécessaires au travail collectif.
Deuxième piège : confronter votre collègue sur un mode émotionnel.
C’est rarement efficace, et souvent risqué. Vous pouvez déclencher une escalade inutile, voire vous retrouver face à un déni ou une posture de victimisation – typique du collègue faux gentil.
Troisième piège : alerter votre manager sans éléments concrets.
Selon son niveau de maturité managériale, cela peut se retourner contre vous, ou aggraver la situation.
Dans un premier temps, restez centré sur votre travail.
Communication neutre, posture professionnelle, ajustements discrets si nécessaire.
Et surtout, notez les faits. Les comportements répétés, les situations précises, les dates.
Ces éléments feront toute la différence le jour où vous déciderez d’agir – que ce soit avec la collègue concernée, le manager ou les Ressources Humaines.
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Conclusion – Être attentif à ce qui se joue au travail
« Une collègue me surveille au travail. »
Derrière cette pensée qui commence à vous travailler, je peux vous le dire clairement : non, vous ne vous faites pas des films.
Votre ressenti est très probablement fondé.
Mais cela ne signifie pas qu’il faille agir dans la précipitation, une erreur que j’ai vu faire très souvent sur le terrain.
Vous l’avez compris au fil de cet article : ce type de situation peut recouvrir des réalités très différentes. Dans bien des cas, le comportement d’une collègue qui observe beaucoup n’a rien de personnel ni de malveillant. Il reflète parfois une anxiété, un manque de repères ou une insécurité professionnelle… pas une volonté de vous nuire.
Souvent, tout n’est pas « à jeter » dans votre environnement de travail. Lorsque le contexte le permet, un peu de recul et quelques ajustements suffisent déjà à faire retomber la pression et à améliorer sensiblement la situation.
Mais il arrive aussi que cette surveillance s’inscrive dans un environnement de travail réellement toxique. Dans ce cas, elle n’est qu’un facteur délétère de plus – parfois même celui qui vous fait ouvrir les yeux et envisager de partir.
➝ Quitter un travail toxique : ce que personne ne vous dit (mais que vous devez savoir)
Quoi qu’il en soit, des solutions existent. Et vous méritez de pouvoir travailler sereinement, sans avoir le sentiment d’être épié en permanence.
🎯 Vous avez modifié vos habitudes pour éviter d’être observé. C’est déjà trop.
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À PROPOS DE L’AUTEUR : CHRISTOPHER SYMBRAT
Psychologue du travail, j’ai passé 15 ans côté entreprise – dont plusieurs années comme Responsable recrutement, puis Responsable des ressources humaines.
Des centaines de recrutements, des milliers de candidatures évaluées, des évolutions de carrière pilotées, des arbitrages salariaux, des situations difficiles gérées de l’intérieur.
J’ai vu des professionnels compétents rester bloqués des années dans des environnements qui ne les reconnaissaient pas à leur juste valeur. Et j’ai compris les mécanismes qui expliquent pourquoi.
Aujourd’hui, j’accompagne celles et ceux qui sentent qu’il est temps de reprendre la main sur leur carrière – sans discours motivationnel, avec une lecture terrain de leur situation.
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